Grenoble – Décembre 2010

Quarante-cinq personnes (1) auront eu le privilège d’assister à la conférence du philosophe Bertrand Méheust à l’occasion de sa venue au 18e Repas Ufologique Grenoblois, le jeudi 2 décembre 2010. L’auteur devait être des nôtres au mois de juin dernier mais un empêchement de dernière minute m’avait amené à différer cet événement.

Son intervention portait sur la coïncidence SF-SV, coïncidence qu’il avait mise au jour et développée dans un ouvrage sorti en 1978 et réédité en 2007, Science-fiction et soucoupes volantes. Ce livre avait en son temps fait couler beaucoup d’encre, dans le milieu ufologique bien sûr, mais pas seulement ; Jean Guitton lui-même s’exprimera longuement sur les réflexions que lui inspirait l’ouvrage dans Le Figaro du 10 juillet 1978. Quant au monde de la SF, il en fut proprement bouleversé…

Fiction (mars 1979) : « Stupéfiant bouquin »
Orbites (février 1982) : « Le meilleur livre sur les OVNI écrit par un français depuis dix ou quinze ans (et peut-être même davantage…) » et plus loin « SF et SV est un ouvrage que (…) chaque esprit un tant soit peu curieux se devrait d’avoir lu. »
Requiem (août 1978) : C’est ce qui a été fait de plus intelligent, de plus à jour, de plus révolutionnaire à date, comme ouvrage de réflexion sur les OVNIs » ainsi que, sous la plume d’Elisabeth Vonarburg, « un ouvrage que personne ne devrait se dispenser d’avoir lu et de citer dans les domaines qu’il aborde »

Par la suite, d’autres chercheurs s’efforceront de développer la question comme peuvent en attester les articles de Ciel & Espace (avril 1996) ou de La Recherche (mai 1996).

Mais revenons à cette 18e édition de notre Repas Ufologique qui se tint encore dans un nouveau lieu, le précédent s’étant avéré trop exigu. Nous nous retrouvâmes donc au restaurant « Le Marais » qui sut accueillir chaleureusement notre groupe, pourtant nombreux.

La traditionnelle revue de presse m’amena à présenter les sorties en kiosque de Aliens n° 6, Monde inconnu n° 347, Nexus n° 71 et Science et inexpliqué n° 18 ainsi que quelques ouvrages sortis récemment : Les ovnis font leur show de Patrice Seray (BoD), Des extraterrestres m’ont confié un message de Elie Gabriel Cade (Bénévent), Une déchirure dans l’Espace-Temps de Alain Pasty et M.-F. Garaude-Pasty (Le temps présent), ces deux auteurs étant par ailleurs les responsables du R.U. du Razès, OVNIS : l’hypothèse extraterrestre généralisée de Claude Lavat (ABM) ainsi que Sciences & Science-fiction (La Martinière) qui est le catalogue de l’exposition « Science et fiction, aventures croisées » qui se tient à la Cité des Sciences et de l’industrie jusqu’au 3 juillet 2011. Ce collectif à la riche iconographie propose plusieurs chapitres dont l’un de Pierre Lagrange intitulé « Les extraterrestres et la fin de la croyance populaire ».

Une journaliste de RCF s’était déplacée pour interviewer certains invités, dont notre intervenant, afin de réaliser un reportage qui fut diffusé le 9 décembre à midi. Une erreur technique de sa part rendit certains de mes propos incompréhensibles, hélas. C’est dommage parce que son montage était plutôt réussi…

Nous eûmes par ailleurs le plaisir d’accueillir parmi nous l’éditeur et ufologue suisse Daniel Benaroya (2) que je salue pour l’occasion.

Bertrand Méheust est né en 1947. Ce chercheur et écrivain français, docteur en sociologie et ancien professeur de philosophie, est membre du comité directeur de l’Institut métapsychique international. Son dernier ouvrage, La politique de l’oxymore, sorti en 2009, porte sur le dérèglement climatique.

Dans la première moitié des années 70, Bertrand est fasciné par le roman Solaris et souhaite écrire une biographie de l’écrivain polonais Stanislas Lem ; il dira, à l’occasion d’un entretien accordé à Renaud Evrard (3) : « J’étais fasciné par la façon dont Lem imagine dans ses romans le contact de l’homme avec une pensée non humaine. (…) C’est à cette époque que l’idée de mon parallèle entre la SF et les ovnis a germé dans mon esprit, et je suis parti sur cette piste. Elle est en fait une retombée de mon projet sur Lem. C’était l’autre branche du problème. »

Par ailleurs, la découverte dans un grenier d’une vieille édition de La Roue fulgurante de Jean de la Hire provoquera l’intuition qui entraînera l’étudiant Méheust sur les sentiers tortueux d’un projet d’écriture qui débouchera sur l’ouvrage que l’on connaît aujourd’hui (4). En 1978, il publie Science-fiction et soucoupes volantes au Mercure de France, posant par là même la question de l’antériorité de la SF sur le phénomène OVNI. Il y montre que toutes les péripéties étranges décrites après 1947 par les témoins d’ovnis [calages de moteurs, téléportations, faisceaux courbes ou tronqués, examens médicaux, contacts psychiques, dématérialisations, rayons paralysants, accélérations foudroyantes, etc.] ont été anticipés par des écrivains de science-fiction entre 1880 et 1945.

Comment expliquer que les auteurs des pulps du début du XXe siècle aient pu ainsi présenter en détail un phénomène qui n’apparaîtra que plusieurs années plus tard ? La conférence de Grenoble était intéressante parce qu’elle allait permettre à l’auteur, trente ans plus tard, de revenir sur cette drôle de question et nous faire partager le cheminement de sa réflexion.

Un moment décontenancé par un groupe chahuteur – le mot est faible – qui se tenait au rez-de-chaussée du restaurant, notre intervenant s’empara du micro et, d’une voix décidée, entama son exposé. Illustrant son propos à l’aide d’un diaporama numérique, l’auteur exposa dans les grandes lignes les éléments constitutifs de la coïncidence SF/SV avant de présenter les interprétations que ce constat lui suggère aujourd’hui.

Pour rendre compte de la coïncidence, cette « parenté déraisonnable », il envisage que « (…) les ovnis se sont toujours manifestés dans notre environnement, mais que la conscience que les hommes en ont acquise s’est modifiée et agrandie à mesure que leurs cultures se transformaient ». (5) Méheust envisage qu’il puisse exister un noyau initial objectif sur lequel se surajouteraient nombre de « concrétions psychoculturelles » bien humaines. Selon lui « (…) nous avons affaire à un ensemble de phénomènes naturels encore inexpliqués, sur lesquels les hommes, d’âge en âge, ont projeté les présupposés de leur culture ». (6) Il va même plus loin en concluant que « (…) si certains ovnis (…) ne sont ni des artefacts humains, ni des projections humaines, ni des phénomènes naturels, alors ils surgissent de l’abîme, et constituent le phénomène le plus lourd de signification qui se soit jamais présenté à la science ». (7)

A la fin de son intervention, le philosophe essuya sans sourciller le feu nourri des questions avant de se faire un plaisir de dédicacer quelques ouvrages que lui-même et M. Benaroya avaient amenés. Je tiens ici à le remercier de s’être exprimé avec justesse et simplicité sur un sujet aussi complexe. Je lui suis tout aussi reconnaissant d’avoir pris les provocations verbales et sonores venant du rez-de-chaussée avec philosophie. Je remercie aussi le patron du Marais, confus devant un tel tapage, d’avoir tout fait pour se rattraper.

Le prochain repas aura lieu le jeudi 3 février 2011, et j’ai décidé que nous nous réunirions, pour cette fois encore, au même endroit (8). Aucun intervenant n’ayant été programmé, nous profiterons de l’occasion pour évoquer l’actualité ufologique mais aussi faire un point sur le repas grenoblois à l’occasion de son troisième anniversaire. Votre avis, vos témoignages et vos suggestions sont bien sûr les bienvenus !

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